Samburu et nord aride
Au nord du mont Kenya, les réserves de Samburu et leurs conservancies abritent une faune sèche, girafe réticulée, zèbre de Grévy, oryx, et le peuple pastoral samburu.
Au nord du mont Kenya, la route bitumée A2 traverse Isiolo et bascule dans un autre pays : terre rouge, acacias épineux, collines de latérite et horizons qui s'étirent jusqu'à l'Éthiopie. C'est ici, autour de la rivière Ewaso Ng'iro, que s'étendent les réserves nationales de Samburu, Buffalo Springs et Shaba, trois aires contiguës gérées par les comtés de Samburu et d'Isiolo. L'ensemble couvre environ 500 km², à 800-1200 mètres d'altitude, dans une zone semi-aride où la pluviométrie annuelle dépasse rarement 350 mm.
La rivière Ewaso Ng'iro, qui descend des Aberdare et du mont Kenya, est l'axe de vie de la région. Elle reste en eau toute l'année et concentre la faune sur ses berges, là où les doum palmiers et les acacias tortilis forment une galerie verte au milieu du bush. C'est sur cette bande de quelques centaines de mètres que notre équipe organise l'essentiel des sorties matinales : les éléphants viennent boire avant 9h, les crocodiles se posent sur les bancs de sable, et les léopards traversent à l'aube pour rejoindre leurs arbres de repos.
Ce qui distingue Samburu des autres parcs kényans, c'est sa faune dite des « Special Five », adaptée à la sécheresse et absente de la Mara ou d'Amboseli. La girafe réticulée se reconnaît à son pelage en mosaïque nette, le zèbre de Grévy, plus grand que son cousin commun, porte des rayures fines et de grandes oreilles arrondies. L'oryx beisa, le gerenuk qui se dresse sur ses pattes arrière pour brouter les acacias, et l'autruche de Somalie au cou bleuté complètent ce groupe. S'y ajoutent les éléphants, suivis depuis 1997 par le programme Save the Elephants basé dans le parc, et une population de lions identifiés individuellement.
Les Samburu, environ 300 000 personnes, occupent la région depuis plusieurs siècles. Cousins des Maasai par la langue maa et le mode de vie pastoral, ils élèvent zébus, chèvres et chameaux, ces derniers introduits depuis les voisins Rendille et Borana. Les villages, appelés manyatta, regroupent quelques familles autour d'un enclos d'épineux. Notre équipe travaille avec plusieurs communautés autour d'Archers Post et de Kalama qui accueillent nos voyageurs pour des visites où l'on partage le thé au lait, on observe la traite du soir et on échange sur les rites de passage des morans, les jeunes guerriers reconnaissables à leurs cheveux teints à l'ocre rouge.
Au-delà des trois réserves nationales, le nord aride se prolonge par les conservancies communautaires fédérées au sein du Northern Rangelands Trust : Sera, Namunyak, Kalama, West Gate. Ces espaces, gérés par les communautés samburu et rendille, accueillent des camps en petit nombre et permettent des activités impossibles dans les réserves classiques : marche accompagnée par des trackers, sorties de nuit, suivi à pied du rhinocéros noir réintroduit à Sera depuis 2015. C'est aussi dans ces conservancies que se trouve le sanctuaire Reteti, première structure d'Afrique de l'Est gérée par des Samburu pour recueillir les éléphanteaux orphelins.
La région reste fréquentable toute l'année mais demande une logistique réfléchie. Depuis Nairobi, il faut compter 6 à 7 heures de route via Nanyuki et Isiolo, ou un vol d'environ 1h15 jusqu'aux pistes de Samburu Oryx ou Kalama. Nous recommandons systématiquement deux nuits minimum sur place, idéalement trois pour combiner réserve nationale et conservancy, sans quoi le déplacement perd son sens.
À découvrir
Berges de l'Ewaso Ng'iro à l'aube. Sortie en 4x4 le long de la rivière entre 6h et 9h, quand les troupeaux d'éléphants traversent à gué et que les girafes réticulées viennent boire entre les doum palmiers.
Sanctuaire d'éléphanteaux de Reteti. Visite de la nurserie communautaire dans la conservancy de Namunyak, où des keepers samburu nourrissent au biberon les jeunes orphelins avant leur retour à l'état sauvage.
Marche pistée dans la conservancy de Sera. Approche à pied du rhinocéros noir avec les rangers samburu, dans la seule conservancy communautaire d'Afrique abritant l'espèce en liberté depuis sa réintroduction en 2015.
Soirée dans une manyatta à Westgate. Partage du chai au feu de bois avec une famille samburu, observation du retour des troupeaux à la tombée du jour et discussion sur les rites des morans.
Vue depuis le plateau de Shaba. Montée jusqu'aux sources chaudes de Shaba, ancien terrain de Joy Adamson, où les coulées de basalte noir contrastent avec les plaines ocre semées de termitières.
Quand y aller
Samburu est une destination de saison sèche par excellence. Les meilleures périodes courent de juin à octobre puis de décembre à mars, avec des journées ensoleillées, des températures de 28 à 35°C l'après-midi et des nuits redescendant à 18-20°C. La faune se concentre alors sur les rives de l'Ewaso Ng'iro et les observations sont denses. Les mois de juillet à septembre offrent les conditions les plus stables, avec un ciel dégagé et une végétation peu fournie qui facilite le repérage des prédateurs.
Les deux saisons des pluies, longues d'avril à mai et courtes en novembre, modifient sensiblement l'expérience. Les averses sont rarement continues mais peuvent rendre certaines pistes impraticables, en particulier dans Shaba et les conservancies du nord. La rivière monte parfois brutalement après des pluies sur le mont Kenya en amont. Avril reste le mois le plus arrosé, avec environ 100 mm cumulés, et nous le déconseillons aux voyageurs qui souhaitent un programme dense en sorties. En revanche, novembre, plus court et irrégulier, peut offrir de belles fenêtres et une végétation reverdie photographiquement intéressante.
Conseils pratiques
Nous recommandons un minimum de deux nuits à Samburu, trois étant le bon équilibre pour absorber le temps de transport et alterner entre réserve nationale et conservancy. L'accès se fait soit par la route depuis Nairobi en 6 à 7 heures via Nanyuki, ce qui permet de couper la route une nuit à Laikipia ou au pied du mont Kenya, soit par vol intérieur depuis Wilson Airport jusqu'aux pistes de Samburu, Kalama ou Loisaba en 1h à 1h15. Pour les itinéraires complets, nous combinons fréquemment Samburu avec Mont Kenya et Laikipia, l'enchaînement étant logique géographiquement et thématiquement, puis avec Masai Mara via un vol de raccordement.
L'offre d'hébergement va du camp permanent classique aux lodges des conservancies, plus exclusifs et plus chers, qui justifient leur prix par l'accès à des activités à pied et de nuit. La région convient bien aux voyageurs qui ont déjà fait un premier safari et cherchent des paysages et des espèces différentes, aux photographes en quête de la faune sèche, et aux familles intéressées par la dimension culturelle samburu. Elle est moins indiquée pour un tout premier safari court, où la Mara ou Amboseli restent plus efficaces en densité animale.













