Côte swahilie
536 kilomètres de littoral entre Lamu et Shimoni, où la culture swahilie millénaire se vit en dhow, dans les ruelles de Mombasa et au bord des parcs marins coralliens.
La côte swahilie s'étire sur 536 kilomètres de littoral entre Lamu, à proximité de la frontière somalienne, et Shimoni, près de la Tanzanie. Cette façade orientale du pays vit depuis plus de mille ans au rythme des moussons : les vents du nord-est en hiver, ceux du sud-ouest en été, ont façonné un commerce maritime entre l'Afrique, l'Arabie, la Perse et l'Inde. De cette histoire est née la culture swahilie, métissage de bantous côtiers et de marchands arabo-persans, dont la langue, le kiswahili, sert aujourd'hui de langue véhiculaire à toute l'Afrique de l'Est.
Le paysage dominant se lit en trois bandes parallèles. Un lagon turquoise d'abord, protégé par une barrière corallienne située entre 500 mètres et 2 kilomètres du rivage, qui contient la houle et permet la baignade quasi en toute saison. Une plage de sable blanc ensuite, large parfois de cent mètres à marée basse, bordée de cocotiers, de casuarinas et de baobabs côtiers. À l'intérieur enfin, une mosaïque de villages de pêcheurs, de plantations de noix de cajou, de mangroves dans les estuaires (Mida Creek près de Watamu, le delta du Tana plus au nord) et de forêts côtières comme celle de Arabuko-Sokoke, l'une des dernières grandes forêts sèches d'Afrique de l'Est.
Mombasa, deuxième ville du pays avec environ 1,2 million d'habitants, sert de porte d'entrée. Son vieux centre, organisé autour du Fort Jésus construit par les Portugais en 1593, mêle ruelles étroites, balcons sculptés et mosquées centenaires. Au sud de la ville, après la traversée en bac du chenal de Likoni, Diani Beach déroule 17 kilomètres de sable face à un récif corallien actif. Plus au nord, Kilifi, Watamu et Malindi forment un chapelet de stations balnéaires où le parc marin national, créé en 1968, abrite tortues vertes, poulpes et plus de 600 espèces de poissons. La présence italienne y est ancienne et marque encore la restauration et l'urbanisme.
L'archipel de Lamu, à 250 kilomètres au nord de Malindi, change radicalement de rythme. Inscrite au patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 2001, la vieille ville de Lamu n'a pas de voitures : on s'y déplace à pied, à âne ou en dhow, ces voiliers à voile latine taillés dans le manguier. L'architecture en pierre de corail, les portes sculptées en bois de teck, les cours intérieures et les terrasses où l'on dort à la fraîche racontent une civilisation marchande encore vivante. Le festival culturel de Lamu, fin novembre, rassemble courses de dhows, poésie en kiswahili et démonstrations de henné.
La cuisine côtière constitue un voyage en soi. Le riz au lait de coco (wali wa nazi), les currys de poisson au tamarin, les samosas, les mahamri (beignets parfumés à la cardamome) et le mishkaki (brochettes grillées) témoignent des influences indiennes et omanaises. Sur les marchés de Mombasa ou de Lamu, le poisson grillé du jour, généralement thazard ou vivaneau, se mange accompagné de kachumbari, une salade de tomates et d'oignons au citron vert. Les pêcheurs sortent toujours en ngalawa, pirogues à balancier, et reviennent vers 10h pour la criée.
Côté économie et présence humaine, cette région compte parmi les plus densément peuplées du pays. Les Mijikenda (neuf groupes apparentés dont les Giriama et les Digo) occupent l'arrière-pays, les Swahilis tiennent les villes côtières, et des communautés bajuni vivent autour de Lamu. Le tourisme, le port de Mombasa et la pêche structurent l'emploi. C'est aussi pour cela que nous recommandons d'y consacrer plusieurs nuits : la côte n'est pas un simple complément balnéaire au safari, elle constitue une destination culturelle à part entière.
À découvrir
Diani Beach et le récif de Kisite. Lagon protégé sur 17 kilomètres au sud de Mombasa, idéal pour le snorkeling et le kitesurf de juin à septembre. Le parc marin de Kisite-Mpunguti, au large de Shimoni, permet de nager avec des bancs de poissons-perroquets et, en saison, des dauphins.
Vieille ville de Lamu en dhow. Trois à quatre jours à naviguer entre Lamu, Manda et Shela, à dormir dans une maison swahilie aux murs chaulés, à manger le poisson du matin sur la terrasse. Pas de voitures, déplacements à pied ou en boutre à voile latine.
Fort Jésus et la vieille ville de Mombasa. Forteresse portugaise de 1593 dominant le port, escaliers vers les bastions et musée d'archéologie sous-marine. Dans les ruelles attenantes, mosquées du XIXe siècle, ateliers de menuisiers et étals d'épices.
Ruines de Gede et forêt d'Arabuko-Sokoke. Cité swahilie abandonnée au XVIIe siècle, mosquées et tombes englouties sous les figuiers étrangleurs à 15 kilomètres de Watamu. La forêt voisine abrite l'éléphant de forêt et le calao trompette, sentiers pédestres balisés.
Mida Creek et les tortues de Watamu. Estuaire de mangroves traversé en kayak à marée montante, passerelle en bois de 260 mètres et plateforme d'observation des limicoles. Le Local Ocean Trust, à Watamu, suit la ponte des tortues vertes entre mars et juillet.
Quand y aller
Le climat côtier est tropical et chaud toute l'année, avec des températures oscillant entre 24°C la nuit et 32°C en journée. Deux saisons des pluies rythment le calendrier : la grande mousson dite kusi, d'avril à début juin, apporte des précipitations soutenues (200 à 350 mm en mai à Mombasa) et une mer agitée, ce qui ferme une partie des hôtels et rend la navigation vers Lamu inconfortable. La petite saison des pluies, en novembre, est plus courte et n'empêche pas le séjour, les averses tombant souvent en fin de journée.
Les meilleures périodes sont juillet à octobre, ventées et sèches, et décembre à mars, plus chaudes et humides mais avec une mer d'huile, idéale pour la plongée et le snorkeling. Les eaux du parc marin de Watamu offrent alors une visibilité de 15 à 25 mètres. Les mois de décembre et janvier concentrent la fréquentation européenne, nous conseillons de réserver les lodges de Diani et de Lamu trois à six mois à l'avance pour cette fenêtre.
Conseils pratiques
Nous recommandons un minimum de quatre nuits sur la côte, six à sept pour combiner deux zones (par exemple Diani au sud et Lamu au nord, ou Watamu et Lamu). Mombasa dispose d'un aéroport international (Moi International) avec des vols quotidiens depuis Nairobi en 1h, et des liaisons directes depuis l'Europe en saison. Lamu (aéroport de Manda) est desservi en 1h30 depuis Nairobi ou 40 minutes depuis Malindi. La route Mombasa-Malindi prend environ 2h30 sur 120 kilomètres, celle vers Lamu est déconseillée pour des raisons de sécurité, l'avion reste la norme.
La côte se combine naturellement après un safari : nous l'articulons souvent avec Tsavo Est (3h de route depuis Mombasa) ou avec un circuit Masai Mara-Amboseli relié par vol intérieur. Le niveau de confort va de la pension de famille swahilie à la maison de pierre de corail haut de gamme à Lamu, en passant par les resorts familiaux de Diani et Watamu. Cette région convient aux familles avec enfants (lagon sans danger, parcs marins peu profonds), aux contemplatifs amateurs d'architecture et de cuisine à Lamu, et aux plongeurs entre août et mars. Elle convient moins aux voyageurs cherchant exclusivement la faune terrestre.







